A la découverte du design du restaurant Aspic

La collaboration est au coeur de chaque design de restaurant. Entre la cuisine et l’histoire du chef, et le style et l’approche du designer, un nouveau monde se construit au gré des échanges et des réalités de lieu et de budget. L’architecte d’intérieur Florence Rigon a travaillé avec le chef Quentin Giroud pour créer l’espace idéal pour mettre en scène sa gastronomie. Pour mieux apprécier son travail autour du restaurant Aspic, nous lui avons posé des questions sur sa manière d’aborder et gérer ce type de projet.

Bim : Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler dans l’architecture ? 
Florence Rigon : J’ai toujours aimé l’art. A l’adolescence, je voulais être peintre puis je me suis intéressée à la scénographie en général puis à celle liée au théâtre et au cinéma. J’ai eu la chance de pouvoir travailler sur le film  « Vatel » de Roland Joffé avant de m’engager dans mes études supérieures. C’était une expérience magnifique et très enrichissante, qui m’a permis de comprendre ce que je voulais vraiment faire. Je voulais créer des espaces en alliant différentes matières, textures, couleurs tout en prenant en compte les contraintes liées à un espace de vie et aux personnes qui vont le traverser ou y vivre. L’idée de pouvoir tout concevoir jusqu’au mobilier me passionnait déjà.

Bim : Quel est le plus grand défi quand on s’attaque au design d’un restaurant ?
FR : Créer un espace qui corresponde à la personnalité du chef, qui soit accueillant et chaleureux en apportant une sensation unique, pour que les clients se sentent transportés le temps d’un repas.

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“Sol en béton ciré noir et en carreaux ciment avec des motifs écailles bleus et noirs.”

Bim : Comment avez-vous abordé le projet autour du restaurant Aspic ?
FR : Mon travail a consisté tout d’abord à comprendre Quentin Giroud dans son métier de chef gastronome, d’être à l’écoute, afin de lui apporter les meilleures idées et solutions tout en respectant ses contraintes techniques et budgétaires. Quentin avait déjà le nom du restaurant : l’Aspic. J’ai donc cherché l’inspiration dans la signification du mot. Un Aspic est une entrée froide composée de différents éléments enrobés de gelée aromatisée et décorée. C’est aussi le nom d’une vipère à laquelle sont attachée de nombreux mythes et légendes. Nous avions donc la référence gastronomique et l’approche esthétique de la vipère qui m’ont inspirées pour le sol en béton ciré noir et en carreaux ciment avec des motifs écailles bleus et noirs.

Bim : Quelles ont été vos premières réflexions et pistes quand vous avez découvert le lieu ?
FR : La première analyse du lieu s’est portée sur la lumière et sur les volumes. Comment y apporter de la fonctionnalité sans perte de place, tout en créant un lieu esthétique et confortable. Dès le départ, il y a eu une volonté de retrouver les matériaux d’origine, la structure de l’immeuble et son authenticité, c’est à dire ce mélange si parisien de pierres et de briques.

Bim : Comment réussit-on à se projeter et créer dans un lieu aussi austère et froid ?
FR : L’atmosphère d’un lieu c’est d’abord sa propre vie, son propre équilibre. Anticiper comment nous nous approprions un lieu en fonction de sa finalité va définir sa résonance. Mon travail consiste justement à créer cette résonance. Je me projette dans le bruit, les odeurs, les mouvements, les couleurs et les émotions et j’essaye de voir comment je peux accompagner cette dynamique. Je me projette assez rapidement dans n’importe quel lieu. L’important est de prendre en compte tout ce que le client souhaite, j’en fais la synthèse directement sur place et je propose des solutions. Après il y a tout un travail de dessin et de réflexion.

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“La volonté du chef était d’être au plus près des gens, de ceux qui préparent à ceux qui dégustent.”

Bim : Comment avez-vous réussi à créer cette atmosphère intimiste et conviviale ? 
FR : Et bien, c’était l’objectif. L’espace est à taille humaine, il y a peu de tables. La volonté du chef était d’être au plus près des gens, de ceux qui préparent à ceux qui dégustent. C’est ce que j’ai essayé de retranscrire dans la mise en espace.

Bim : Quelles sont vos principales inspirations pour un projet de ce type ? 
FR : C’est un mélange de style entre vintage, moderne et contemporain. Il y a un grand miroir vieilli, des chaises Baumann, une verrière, les appliques de type Prouvé, les tables en bois de wagon et fonte noire.

Bim : Les petits détails que vous avez soigné et qui font tout le charme de ce restaurant ? 
FR : J’attache une grande importance aux finitions et aux détails autant sur les espaces que sur le design du mobilier. Les rangements sont intégrés aux volumes, les meubles ont été pensés de manière à ce qu’ils soient discrets et fonctionnels. Les banquettes intègrent des rangements sous les assises et on peut y poser sacs et manteaux sur le dossier, une barre en métal les empêche de glisser. Le dessin du sol a été aussi très important, il donne le caractère du restaurant.

Bim : Comment voyez-vous vieillir ce lieu ?
FR : Je pense qu’il vieillira très bien, car il y un mélange de style intemporel à mon sens. Les matériaux vont se patiner dans le temps et c’est exactement ce qu’il faut, une maturité qui sera en évolution avec celle de la cuisine du chef.

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“J’attache une grande importance aux finitions et aux détails autant sur les espaces que sur le design du mobilier.”

Crédit photo : Florence Rigon